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EDITO - L’information devait être l’aboutissement de la démocratie moderne et elle est en passe de devenir le fléau du siècle. Certains la recherchent alors que d’autres tentent d’y échapper, elle est notre meilleure alliée ou notre pire ennemie. De la fake news à la théorie du complot, le 21ème siècle mourra d’infodémie. Les peuples sont ivres d’information et c’est la démocratie qui est malade. Dans la rue les criminels se font justice, sur les réseaux sociaux les internautes font la loi au sein de ces tribunaux modernes. La justice était reléguée au banc des accusés lors de la vague MeToo, toujours sur les réseaux sociaux, les internautes se font juges lors du procès ultramédiatisé de Amber Heard et de Johnny Depp. La fréquentation grandissante de ces plateformes et des médias alternatifs en général traduisent une méfiance accrue de la forme traditionnelle du traitement de l’information. Elle est un enjeu de pouvoir pour les peuples et un outil d’oppression pour les États malveillants. L’information est polymorphe et insaisissable mais chercher à la saisir est le défi de la liberté.

 

Par Alban Smith

 

Les coups de cœur de Charlotte

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

Des notes lancinantes de Nina Simone sur un fond de folie douce : Camille et Georges dansent sans cesse sur leur chanson préférée, Mr Bojangles.

Véritable coup de force littéraire, Olivier Bourdeaut nous envoie valser du rire aux larmes avec élégance et simplicité.

Narrant l’histoire de cette femme à la fragilité psychiatrique, à travers les yeux d’un petit garçon qui aime tendrement sa maman originale, anti-modèle et toujours prête à dérailler, En attendant Bojangles est, avant tout, une folle romance drôle, belle et tragique.

Camille, merveilleusement excentrique, assume ses failles en dansant avec sa démence : « J’ai toujours été un peu folle, alors un peu plus un peu moins, ça ne va pas changer l’amour que vous me portez ».

A toutes celles qu’elle fut,

à toutes celles que nous, lecteurs,

aimons malgré nous,

et à cette petite merveille de littérature qui touche bien plus d’un cœur, que celui-ci soit malade ou sage.

A dévorer sans aucune demi-mesure.

L'Amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder (2011)

Un ramassis de vulgarité, de grossièreté et de bêtises.

Beigbeder, qui se la veut acide et piquant, ne signe ici qu’une accumulation de conneries plus grosses que lui et ne se présente qu’à travers une image narcissique et larde.

Après son divorce (moment de vie qui n’a rien d’extraordinaire), il affirme que l’amour, donc, ne dure que trois ans.

A cela, que répondre ?

Non, mon cher Frédéric, l’amour n’existe tout bonnement pas pour les êtres égoïstes comme vous.

Le constat est là, honnête et écrit, à l’instar de ses mots : sa notoriété au service d’un talent qu’il n’a visiblement pas.

A bon entendeur.

L'Insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera

1968, Prague.

Tomas couche de manière régulière avec Sabrina avec qui la symbiose est bonne, tant au niveau sexuel qu’intellectuel.

Puis, comme un coup de tonnerre, Tereza, jeune femme explosive et indomptable, chamboule sa vie. Ils emménagent ensemble, se marient, mais Tomas n’aura de cesse de la tromper avec ses nombreuses conquêtes, ce que Tereza vivra comme un enfer.

Kundera signe ici le chef d’œuvre de sa vie : chaque personnage est l’allégorie d’une métaphore et incarne l’éternel retour.

Ce livre inclassable, vacillant entre roman et essai, conte et allégorie, est un rappel qu’il n’y a définitivement aucune règle en littérature.

L’auteur aborde, entre ces pages, de multiples thématiques de notre siècle : la fragilité du couple, la théorisation de l’amour, la poursuite masculine perpétuelle des femmes…

L’homme n’a qu’une seule vie, et se doit d’attraper toutes les chances qui ne se reproduiront plus.

A quel moment la souffrance devient-elle inutile ? et comment savoir l’instant où cela ne vaut plus la peine de vivre ?

Vertige léger ou lourde liberté, à lire sans aucune pesanteur.

 
 

A propos

Un journal symphonique

 

La fugue est un motif musical. C’est un morceau à plusieurs mains, une partition fuyante qui unit ses voix, une mélodie unique et plurielle à la fois. Le thème principal du morceau s’échappe sans cesse en passant d’un pupitre à l’autre. La fugue est exigeante et symphonique, et c’est de cette technique de composition musicale que notre Journal se réclame. Chaque mois, nous nous consacrons à un sujet de réflexion qui doit s’épanouir au rythme de nos différentes voix : l’Histoire, la Philosophie, l'économie, la Littérature et l’Histoire de l’Art, auxquelles s’ajoutent un coup d’œil sur l’actualité et l’entretien exclusif d’une personnalité politique ou intellectuelle. 

Dans cette évasion littéraire et culturelle à laquelle nous nous livrons avec enthousiasme, nous réclamons la faveur de recevoir le la des géants qui nous ont précédés : ces poètes, artistes et penseurs français sur les épaules desquels nous prétendons humblement nous hisser. 

 

Rendre hommage à la littérature

 

A la suite de Claude Roy, nous concédons que la littérature est parfaitement inutile, mais comme lui, nous maintenons tout de même avec ferveur qu’elle « aide à vivre », et là réside notre enthousiasme. Et puis, c’est aussi un devoir qui nous anime, celui de la conscience d’un héritage auquel nous sommes redevables. Enfin, nous brandissons comme un étendard cette citation de Lévinas qui nous emplit d’espérance : « L'action de la littérature sur les hommes, c'est peut-être l'ultime sagesse de l'Occident ». Nous sommes donc un journal littéraire quoique nous parlions aussi d’histoire, de philosophie, d'économie, d’histoire de l’art et d’actualité, parce que, si nous ne sommes pas des spécialistes de nos domaines respectifs, nous sommes pour le moins des lecteurs.

 

C’est donc à la musique que nous confions le destin de notre revue : à cette forme particulière de la fugue et à sa devise de liberté exigeante, à laquelle il ne manque que vous pour ajouter votre note.

 

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