Histoire de l'art

L’empire des signes

 

 

Le zodiaque dans la symbolique médiévale déploie la thématique d’un temps cyclique que l’on retrouve une année sur l’autre, alliée à celle d’un temps christique à l’entrée de la Jérusalem céleste.

Aux détours des seuils des églises médiévales ou dans les livres d’heures surgissent parfois des représentations de zodiaques, suscitant l’étonnement, donnant parfois lieu à des interprétations toutes ésotériques du Moyen Âge.

 

Ainsi, la cathédrale de Chartres, qui ne manque pas d’attirer quelques amateurs de théories astrologiques par la présence de son labyrinthe, retient en elle-même quatre représentations notables de zodiaques. Les portails nord et ouest, une verrière et le cadran intérieur d’une horloge des années 1520 reprennent en effet ce thème.

 

Si la présence d’une telle iconographie donne parfois lieu à quelques lectures douteuses ou surprend les fidèles des décennies actuelles, elle se place en réalité bien loin de toute idée d’horoscope et d’astrologie. Au cœur d’un Moyen  Âge extrêmement lettré, les maîtres d’ouvrage commandent les programmes sculptés des cathédrales selon des références pleines d’une immense érudition

 

Le zodiaque et le temps retrouvé : cycle temporel et cycle liturgique au Moyen Âge

Institué par les Mésopotamiens au IIIème millénaire avant notre ère, le zodiaque se place alors comme une grille de lecture pour tenter de déchiffrer les messages que les dieux enverraient par l’intermédiaire des astres.

Au Vème siècle avant Jésus-Christ, son déroulement est accordé à la course du soleil. Adopté par les Grecs et les Romains, le zodiaque est enfin fixé par rapport aux mois de l’année et aux saisons par Claude Ptolémée au IIème siècle.

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Cathédrale de Chartres, verrière du déambulatoire Sud

Le XIIIème siècle représente un moment important pour la représentation de zodiaques dans les décors ecclésiaux. Le portail de Vézelay est connu pour déployer ce thème. De même, le vitrail du déambulatoire sud de Chartres apparaît comme un grand poème lumineux, mettant en lien le rythme du cycle des saisons et le rythme du temps liturgique. En plus de la succession des différents signes du zodiaque, se tient tout en bas un sonneur de cloches dont la corde remonte au centre des différents quadrilobes jusqu’à celui du Christ en majesté, maître du temps. À travers ce vitrail se joue une prédication sur le temps. Les temps terrestres, des mois et des constellations, participent à un temps mystique, et le chrétien vit ainsi les saisons, marquées par les offices religieux symbolisés par le petit sonneur de cloches comme une participation active à l’avènement christique.

 

Il s’agit également d’associer des images de la vie quotidienne et diverses activités en fonction des mois aux signes zodiacaux. À une époque où les tâches agricoles sont l’activité prédominante, le poète Virgile rencontre un succès tout particulier, et est alors reconnu comme l’un des plus grands poètes. Les commanditaires ecclésiastiques connaissent sur le bout des doigts ses Bucoliques et ses Géorgiques, et intègrent ses poèmes sur les différents mois de l’année dans leurs programmes iconographiques.

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Au portail nord de la cathédrale de Chartres, deux voussures se succèdent et se répondent : l’une représentant les différents signes du zodiaque, et l’autre les différents mois de l’année. Il ne s’agit pas simplement de mettre en avant le cycle du temps humain, mais d’articuler ce cycle du temps autour de la figure christique : le temps des hommes est un temps en mouvement, ponctué de saisons qui reviennent, mais en relation avec Dieu, immuable et situé dans l’éternité

Cathédrale de Chartres, voussures du portail Nord

Le zodiaque et le temps eschatologique : paradis perdu et salut retrouvé

 

L’art médiéval se plaît particulièrement à représenter des images lisibles sur différentes échelles, qui s’appellent et se répondent. Ainsi, de nombreux thèmes s’articulent dans les différents décors, et à travers la représentation du zodiaque, les sujets du terrestre et du céleste, du macrocosme et du microcosme, ainsi que du spirituel et du charnel sont mis en relation. En effet, l’art médiéval se construit dans des rapports d’analogie invoquant un savoir encyclopédique du monde, à une époque fascinée par les curiosités, soucieuse de classer et d’ordonner les différentes réalités connues. Il s’agit, par la représentation du zodiaque, d’articuler la temporalité terrestre et la temporalité céleste, le local et l’universel, comme le fit la pensée géographique antique, reprise avec enthousiasme à l’époque médiévale.

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Le zodiaque est un repère spirituel par rapport aux activités terrestres : franchir les voussures sculptées de la porte d’une église est ainsi une invitation à passer du temps mortel au temps immortel, christique. En témoigne le portail gauche de la façade occidentale à Chartres. Au tympan, une Ascension accueille le pèlerin qui pénètre dans la cathédrale par cette porte. Tout le portail témoigne de ce passage du terrestre au céleste : le Christ montant au ciel, le zodiaque relié à la fois aux saisons et aux constellations tournant autour de lui.

La présence des signes connus comme ceux d’un horoscope au seuil de la cathédrale est loin de toute prédiction sur l’avenir, si ce n’est un futur fait de saisons retrouvées, préparant à une autre dimension temporelle, celle du temps divin.

 

 

Lucie Mottet