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La place de la femme c’est à la… ?

« La femme ». Voilà un sujet que l’on retrouve partout, tout le temps. On crée des cours « au prisme de la femme », des magazines « pour femmes », des associations de femmes en entreprise, en école d’ingénieur, à l’armée, on écrit des livres sur « les grandes femmes dans l’Histoire », etc. Chaque sujet, chaque domaine a droit à son « regard féminin ».

A force, cela peut paraître évident, naturel, justifié. Pourtant, vouloir traiter de « la femme » est bien une prise de position, un postulat non neutre, qui induit l’idée d’une différence sexuelle intrinsèque dans le sujet que l’on étudie, premièrement, et surtout l’idée que le regroupement de toutes les femmes par ce dénominateur commun assez large est quelque chose de pertinent. 

Si l’objet de cet article n’est décidément pas de se prononcer sur un tel débat, il est utile de le présenter rapidement car, on le verra, il plane au-dessus des différentes manifestations de la « question féminine » dans l’actualité, à commencer par la traditionnelle avalanche d’articles à l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes ce lundi 8 mars. 

Cette journée, abréviée et simplifiée par tout le monde en « journée de la femme » peut être intéressante sur de nombreux points. Elle permet ainsi de mettre en avant des sujets graves, comme les violences domestiques. Encore bien trop importantes, celles-ci ont empiré avec la crise sanitaire que nous traversons depuis un an. Ainsi, les forces de l’ordre ont effectué 44 % d’interventions en plus pour des différends familiaux par rapport à la même période en 2019. Par ailleurs, la fréquentation de la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr portant sur les violences conjugales a plus que doublé.

A côté de cette sensibilisation nécessaire, cette journée de la femme a aussi été marquée par des événements à l’utilité plus discutable, comme l’exposition d’un clitoris géant sur le parvis du Trocadéro. Le Gang du clito et Simone Media ont ainsi installé un clitoris gonflable rouge vif de 5 mètres de haut en face de la tour Eiffel ce lundi, dans le but de « dénoncer l’inégalité de traitement institutionnel et médical du clitoris ». Au-delà d’un combat assez farfelu, il est intéressant de remarquer cette tendance d’un certain féminisme à la plus grande des vulgarités. En effet, applaudirait-on l’installation d’un phallus ou d’une prostate géante devant la tour Eiffel, l’envisagerait-on même ? De médiocres chanteuses comme Cardi B encensent dans leurs chansons leurs organes génitaux, des féministes prennent fièrement la pose en « womanspreadant », d’autres affichent ostensiblement leurs dessous de bras poilus : il y a chez un certain féminisme l’envie de singer des comportements masculins qu’aucun homme sensé n’aurait idée de mettre en avant. 

On pourrait balayer ces comportements de la main, en arguant qu’ils ne représentent qu’une partie minoritaire et extrémiste du mouvement féministe, mais c’est, au contraire, ce qui rend leur analyse pertinente. Analyser l’extrême d’un mouvement, c’est mieux en saisir les tendances, qui sont alors poussées à leur paroxysme. Évidemment, par exemple, que tous les socialistes ne sont pas polygames, mais la rationalisation et la présence de la polygamie dans les mouvements anticapitalistes les plus radicaux nous permettent de mieux identifier la critique marxienne du mariage comme institution réactionnaire. De même, évidemment que toutes les féministes n’ont pas les cheveux courts, les poils de bras longs et le vocabulaire de travailleurs de chantier. Pour autant, la présence de tels profils dans les franges les plus radicales du féminisme nous permet d’identifier la tendance de fond d’un des courants du féminisme, qui voit dans la différenciation sexuelle la source des inégalités et oppressions sexuelles, et par corollaire l’imitation des hommes comme le moyen de faire disparaître ces dernières. 

C’est ce courant féministe, appelant à la fin de la différenciation des sexes, qui s’accommode très bien des mouvements transsexuels et transgenres, et qui s’oppose donc à un féminisme qui appelle à une identité féminine propre, à une différenciation sexuelle prononcée. Cette opposition entre féminisme pro-trans et féminisme différentialiste, aussi appelé TERF pour Trans-Exclusionary Radical Feminism, s’est notamment illustrée ce dimanche. En effet, certaines féministes, dont l’ex-FEMEN Marguerite Stern,  manifestaient à l’appel du CAPP (Collectif Abolition Porno Prostitution) ; elles se sont fait agresser par d’autres groupes féministes pro-trans et pro-islam, avant que la police ne les sépare. Exemple s’il en est de la tendance “sinistriste” des mouvements de gauche, où il apparaîtra toujours un mouvement plus radical que l’ancien.

Si la journée de la femme est donc un projecteur sur les différentes dérives que peut porter la question féminine, il est aussi l’occasion d’un opportunisme commercial impressionnant. La journée de la femme, souvent transformée en semaine voire quinzaine de la femme est ainsi l’occasion de recevoir les communiqués de presse de toutes les entreprises du monde, qui nous informent de leurs vertueux efforts pour un monde plus juste, égalitaire et riant. Quelle joie d’apprendre que la papeterie Bidule pense que les femmes sont tout aussi capables de diriger que les hommes, ou que l’usine de traitement de déchets Machin va mettre en place une cellule de veille contre le harcèlement. Ces communiqués sont presque toujours des ramassis de bons sentiments mielleux que personne ne lit, et les entreprises ne les publient que parce que l’absence de déclaration serait vue comme un non-intérêt voire de la complicité. C’est vrai que si Sodebo ne nous pondait pas une déclaration sur son engagement contre le harcèlement sexuel, tout le monde penserait que c’est une entreprise qui encourage ces comportements…

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Pour ce type d’exercice, mieux vaut se contenter du strict minimum et déclarer que l’on est gentil, et qu’on travaille à rendre le monde gentil. En effet, plus vous vous prononcerez, plus vous essaierez de montrer votre vertu, alors plus vous vous exposerez aux critiques, comme c’est le cas pour Burger King UK et son tweet maladroit sur la place des femmes en cuisine. 

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Si vous voulez faire plus qu’un simple communiqué insipide, vous pouvez aussi lancer une campagne de promotion spéciale pour la journée de la femme. Comme ça, vos intentions seront claires et nettes : « oui oui on est féministe, maintenant achetez nos produits ». Et il faut reconnaître que le procédé marche assez bien, car il associe alors inconsciemment chez les consommateurs la décision d’achat à un acte militant. Peu importe que l’achat de sous-vêtements, fabriqués par des enfants du tiers-monde pour un salaire de misère, ne soit pas vraiment un acte féministe. Ce qui compte c’est que le consommateur y croie. L’entreprise fait oublier ses récents scandales et apparaît comme moderne et engagée, le consommateur drape son achat impulsif d’un voile d’engagement, tout le monde est content. Plus que la Saint-Valentin, voilà la véritable fête commerciale par excellence.

Violences conjugales, inepties idéologiques, consumérisme crasse, voilà un tableau bien peu reluisant. Bien entendu, le trait est volontairement grossi et les exemples sont choisis à dessein pour étayer un propos. Il reste que cette journée de la femme donne peu de raisons de se réjouir. Pourtant, il n’est pas difficile de trouver des figures féminines inspirantes, courageuses et admirables. Mais sans doute n’a-t-on pas besoin d’attendre la journée de la femme pour en parler.

Alain d'Yrlan de Bazoge