Actualité

La culture se meurt de ceux qui la font

 

 

Si même après les César de l’année dernière vous gardiez un quelconque intérêt pour la culture, c’est est fini cette année : car c’est pire ! 

 

 

La culture est un sujet large, trop large, et l’on aurait, en temps normal, bien du mal à trouver un angle, une idée, un prisme pour en parler dans un article si modeste, dont l’objectif est d’ailleurs de parler d’actualité plus que de faire une vague critique artistique. Conséquence heureuse d’une période malheureuse, c’est bien ici l’interminable crise sanitaire qui m’a facilité la tâche car en tuant le monde artistique et culturel, elle me le rend alors bien plus simple à traiter. 

 

Ce n’est pas pour autant avec joie que je me penche sur le sujet qui nous occupe principalement ici, à savoir la 46ème cérémonie des César, car traiter d’un tel événement nécessite de s’y intéresser, et comme nous le verrons, c’est une activité que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi. 

 

Cette cérémonie s’est donc déroulée le vendredi 12 mars à l’Olympia, dans un contexte particulièrement tendu avec la crise sanitaire et ses conséquences pour le monde de l’audiovisuel français, mais aussi car cette édition en suivait une très tendue, celle où l’actrice Adèle Haenel s’était notamment indignée de l’attribution du César de la meilleure réalisation à Roman Polanski pour son J’accuse !

 

Comment passer après une édition si politique, si fracassante ? C’est simple, il faut faire encore pire, histoire de vraiment s’assurer que personne ne voudra regarder l’édition 2022. D’ailleurs, le choix ne se posera peut-être même pas, quand on sait que Canal + et Vivendi s’interrogent sur la poursuite de la diffusion des César. 

 

L’année dernière, nous n’avions eu que la sortie fracassante d’une actrice, cherchant à dénoncer le soutien du monde cinématographique pour un homme accusé de viol. Cette année, nous avons eu un discours d’un communautarisme puant, rendant hommage à Adama Traoré, coupable d’agressions sexuelles répétées sur son codétenu sous la contrainte d’une fourchette en 2016. Adèle Haenel conspue Polanski car il est accusé de viol, Jean-Pascal Zadi rend hommage à Adama Traoré même si c’est un violeur avéré. Preuve s’il en est que le prisme racial l’emporte sur tous les autres chez cette gauche américanisée. 

 

Passons sur les nominations, car elles ne sont malheureusement plus l’événement principal de ce spectacle de l’entre-soi germanopratin. Preuve en est qu’Albert Dupontel, dont l’Adieu les cons a remporté en tout sept récompenses n’avait même pas fait l’effort de venir. Si les artistes talentueux ne viennent pas, qui reste-t-il ? Il reste des gens comme Marina Foïs qui, n’ayant jamais reçu de César malgré cinq nominations, cherche à faire oublier son manque de succès par des discours politiques. Tout comme Robert De Niro a cherché à survivre médiatiquement à son passage à vide des années 2010 en se rêvant l’un des figures de l’anti-trumpisme, Foïs s’est voulue la championne de l’opposition au gouvernement. En résulte un discours trop long, trop gênant, trop vulgaire, dont on ne retiendra que le ramassage de crottes de chien en introduction et ce qui se voulait être une punchline sur les pâtes au gorgonzola de Roselyne Bachelot. Seul le Huffington Post a eu la force (ou l’aveuglement ?) d’applaudir ce discours. Car je dois avouer ne pas trop en comprendre la pertinence. Pourquoi critiquer la ministre de la Culture pour des mesures sanitaires dont elle n’a pas le choix ? Pourquoi cracher dans la seule main qui vous nourrit, car ce n’est clairement pas l’engouement du public français qui maintient en vie le monde cinématographique ? J’ai beaucoup de mal avec ce genre de critiques naïves et insensées, car elles m’inciteraient presque à dire du bien du gouvernement. 

 

Mais n’oublions pas le clou du spectacle, le point d’orgue de cette cérémonie de la vulgarité élitaire, l’apothéose de cette course au faussement choquant, la « « « performance » » » de Corinne Masiero. L’actrice semble avoir cru “choquant“, “puissant“ que de s’être entièrement dévêtue sur la scène des César et d’exposer un corps flasque où étaient écrits des messages de soutien aux intermittents du spectacle. On l’entend, depuis, déplorer dans les journaux les critiques acerbes qu’elle a reçues, preuve, selon elle, que c’était un acte politique fort, contre une société « patriarcale et sexiste ». Entendons-nous bien, cette performance n’a rien de choquant, nous ne sommes plus dans une société puritaine, où le corps est un tabou. Au contraire, nous sommes surexposés aux corps nus ou semi-nus à longueur de journée. L’avalanche de réactions négatives ne vient donc pas d’une indignation morale, mais bien au contraire d’une indignation visuelle. Notre société n’a pas de réaction puritaine contre un corps libre, mais une réaction esthétique contre un corps laid, flasque, bref le corps d’une femme de 57 ans. La raison pour laquelle tant de gens sont choqués est que cette cérémonie vient définitivement briser l’image de glamour et de sophistication que l’on pouvait avoir du cinéma français. L’inconscient collectif avait encore en tête l’élégance de Delon, le panache de Belmondo, la beauté de Deneuve, bref, de tous ces noms qui viennent à l’esprit du Français moyen quand on lui parle de la grandeur du cinéma national. Ce soir-là, devant le corps rabougri de cette communiste défraichie, l’illusion qui survivait encore a définitivement disparu. 

 

Il ne nous reste devant les yeux que le constat navrant de ce qu’est devenu le showbiz français, un éventail qui va du centre gauche à la gauche radicale et qui, comme ses journaux, ne vit plus que sur les fonds d’un public qu’il méprise. 1,2 milliard d’aides en 2020 de la part de l’État, et donc des Français, et ils nous donnent en spectacle un mélange de communautarisme racial et de vulgarité. Eric Neuhoff le résume assez bien dans son (Très) cher cinéma français : « [le cinéma français] ressemble à Anne Hidalgo : sectaire, revêche, sans grâce, empestant l’arrogance et la mauvaise foi ». 

 

En attendant l’hypothétique jour où le financement public de l’audiovisuel sera repensé, trouvons au moins du réconfort dans le fait que le public français a d’autres accès à la culture, avec, par exemple, les nombreuses initiatives en ligne de l’Opéra de Paris et de différents musées. On notera également un certain regain de la lecture pendant les différents confinements, et manifestement un regain de l’écriture également, au point que Gallimard vient de demander, hier, aux écrivains aspirants de reporter leurs envois de manuscrits. Quelle que soit la qualité de ces manuscrits, ils ont l’avantage de ne pas contenir d’images de Corinne Masiero nue, et ça c’est déjà beaucoup.

Alain d'Yrlan de Bazoge