Economie

Homme providentiel en 2022, un défi économique

 

 

A l’approche de l’élection présidentielle, les Français, ou une partie du moins, sont en quête d’une nouvelle figure comme président de la Ve République. Ils attendent l’homme providentiel qui viendra résoudre ses problèmes, économiques notamment.

« Quoi qu’il en coûte ». Comment ne pas se rappeler ces quelques mots prononcés par Emmanuel Macron durant la crise du Covid ? Largement commentée et parfois critiquée, cette expression a été le symbole de la politique menée par le gouvernement durant la crise et dont la facture s’élève à 240 milliards d’euros soit environ 10% du PIB de la France. Par-là, Jupiter s’est, encore une fois, érigé en homme providentiel volant au secours des Français plongés dans une crise économique majeure. Mais l’homme providentiel de 2017 est loin de faire l’unanimité et nombreux sont les Français qui cherchent une nouvelle figure pour rompre ses politiques actuelles. Historiquement, l’homme providentiel est multiforme : tantôt un conquérant, tantôt un réformateur. Et les questions à proprement parler économiques - c’est-à-dire qui concernent la production, la consommation et la distribution des biens et services - sont souvent au cœur de la politique du sauveur. On le comprend aisément. L’Homme se préoccupe en priorité de ce qu’il pourra avoir dans son assiette à l’instant-t. Sous le quinquennat Macron, la crise des Gilets jaunes a été symptomatique de ce cri populaire pour des jours moins austères. Aujourd’hui, ce sont ces enjeux qui sont prépondérants dans la campagne présidentielle de 2022. Deux questions prennent notamment de l’ampleur dans les propositions des candidats : celle du pouvoir d’achat et celle de la politique industrielle. Il apparaît par conséquent que le nouvel homme providentiel sera celui capable de répondre à ces besoins.

Augmenter le pouvoir d'achat

Le pouvoir d’achat est aujourd’hui l’une des préoccupations majeures pour plus de la moitié des Français ( Baromètre Opinion Way-Kéa Partners pour Les Echos – Radio Classique, 10-14 janvier 2022). Tout d’abord, augmenter le pouvoir d’achat, c’est donner la possibilité aux ménages d’accroître leurs biens et leur accès aux services. Afin d’y parvenir, l’État peut d’un côté soutenir directement les ménages par la modification des impôts pour les particuliers, des prestations et versements sociaux, de la valeur du SMIC ou encore par la fixation de certains prix dans l’économie. Bercy a par exemple bloqué les prix du gaz jusqu’en juin 2022 pour faire face à l’envolée des prix de la matière première.

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Bruno Le Maire, le 25 août 2021 à Bercy. (AFP)

Il faut toutefois rappeler que de telles mesures doivent être financées et que ce sont les finances publiques, donc le contribuable, qui supporte l’écart des prix à payer aux fournisseurs de gaz dans notre exemple. Cela revient soit à retarder l’échéance de la complication financière par la dette, soit à distribuer ces complications aux plus fortunés. De l’autre côté, l’État a la possibilité d’augmenter indirectement le pouvoir d’achat. Il peut participer à la création d’emplois par la stimulation de la croissance ou soutenir les entreprises par des subventions ou des allégements fiscaux. En résultent une diminution des prix pour le consommateur, une augmentation de salaire pour l’employé ou une augmentation de dividendes pour l’actionnaire. Favoriser l’innovation et la concurrence est aussi une méthode indirecte et durable de réduction des prix. On peut citer ici les entreprises des télécoms dont le prix des services mobiles a été divisé par deux en moyenne sur les dix dernières années et ce, entre autres, grâce à une concurrence farouche.

 

Les candidats à l’élection doivent donc étayer leurs propositions concernant le pouvoir d’achat pour se hisser au poste le plus prestigieux de la république française. A gauche, Mélenchon, Jadot et Hidalgo prônent entre autres une revalorisation du SMIC. Mesure typiquement socialiste, elle peut cependant inciter les employeurs à moins embaucher. A droite, Pécresse et Zemmour s’engagent notamment à réduire les charges sur les entreprises. Quant à Marine Le Pen, c’est l’abaissement de la TVA qui est visé. Finalement, ce qui différencie réellement les plans d’action des candidats n’est pas tant le résultat visé qui, lui, fait l’unanimité, mais l’approche. Plus les convictions économiques du candidat sont libérales, plus les mesures proposées seront indirectes c'est-à-dire concentrées sur les entreprises et la croissance. Au contraire, les candidats à gauche de l’échiquier politique prônent davantage la redistribution par des mesures directes. Attention donc au sauveur choisi : selon la couleur des idées, les politiques sur le pouvoir d’achat seront bien différentes.

 

Renforcer la politique industrielle

Dans l’Histoire de France, certains hommes providentiels sont remémorés pour leur implication dans le rétablissement de l’industrie française, à l’instar de Napoléon III au XIXème siècle. Ce dernier développa les compagnies de chemin de fer, les ports, le télégraphe et bien d’autres industries encore. Avant l’empereur, plusieurs hommes providentiels s’étaient également illustrés dans ce domaine. Bien sûr, en considérant la période qui précède la révolution industrielle, il serait sans doute anachronique d’utiliser les termes de « politique industrielle ». Néanmoins, il s’agissait aussi de développer le pouvoir et les institutions. Philippe Auguste est connu pour ses grands travaux et Colbert développa les manufactures sous Louis XIV.

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Inauguration de la ligne Paris-Tonnerre par le prince Louis Napoléon Bonaparte (Coll SAS)

Plus tard, Charles de Gaulle propulsa la France dans les Trente Glorieuses en modernisant la France et donc l’industrie française. Le développement des centrales nucléaires en est un bon exemple. Mais dans cette deuxième moitié du XXème siècle, advint aussi la mondialisation de l’économie, et avec elle, l’élan industriel national disparut.

Une des causes est la délocalisation des entreprises dans les pays où les coûts de revient sont plus faibles. Les économistes libéraux Adam Smith et David Ricardo avaient théorisé cette pratique. Le premier soutenait que les pays ont un avantage économique à se spécialiser dans ce qu’ils peuvent produire à moindre coût : c’est l’avantage absolu. Supposons par exemple que A et B produisent chacun des clous et des marteaux pour leur consommation. Émettons aussi l’hypothèse que les coûts de production des marteaux de A soient inférieurs à ceux de B et qu’à l’inverse les coûts de production de clous de B soient inférieurs à ceux de A. Selon la théorie, il est optimal que A produise uniquement des marteaux et B seulement des clous et qu’ils procèdent ensuite à des échanges pour avoir les deux ressources. Ricardo poursuivra en introduisant le concept d’avantage comparatif (Voir Ricardo, Principes de l’économie politique et de l’impôt, 1817). Mais en 2022 ces théories ne trouvent plus d’échos pour de nombreux citoyens français. On veut que les entreprises rétablissent leurs activités sur le territoire national. C’est tout le sens de la montée en mode du « Made in France ». De plus, et la crise du Covid en fut un catalyseur puissant, on ne supporte plus que la souveraineté nationale soit mercantilisée. Dans son discours de fin d’année, Emmanuel Macron a même fait un demi-aveu lorsqu’il évoquait la pénurie des masques : « C'est la vulnérabilité [...] de la mondialisation. C'est la dépendance ». Maintenant qu’Arnaud Montebourg a cessé la campagne, Eric Zemmour est sans doute le candidat qui porte le plus une politique industrielle forte. Il propose notamment d’imposer aux entreprises un Patrie-score à destination des consommateurs et de créer des zones franches. Là encore, on est face à un enjeu de taille pour les candidats car l’homme providentiel sera celui qui arrivera à développer une véritable politique industrielle.

 

 

Grégoire Lenoir